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04/06/2006

Présent ou absent?
Claude Noël



INTRO …

Karen et moi avons reçu de vous une belle carte un mois après le début du sabbatique. Merci à ceux qui ont pu écrire un petit mot. Nous comprenons que d’autres n’ont pas pu le faire pour toutes sortes de raisons. C’est correct. Mais il y a un petit mot qui m’a touché encore plus que les autres. Mais je ne vous dirai pas qui l’a écrit. Je vais seulement vous le lire.

Vos présences nous inspirent dans nos esprits.

Bien qu’absents cette personne sentait encore nos présences.
Plusieurs ont écrit des paroles comme : vous nous manquez, nous vous aimons, nous prions pour vous. Et des encouragements de toutes sortes à nous reposer en Jésus. Merci!

Mais personne n’a écrit des paroles du genre … Et je n’ai rien reçu de d’autres sources pendant trois mois des messages du genre:
On s’ennuie de tout ce que tu faisais pour nous, quand reviendras-tu?
On a besoin que tu nous écrives; tes courriels sont si importants pour nous. Peux-tu écrire un petit courriel s.v.p.?
Personne n’a mentionné jusqu’à quel point on avait hâte que je revienne prêcher; ou que je revienne diriger telle ou telle réunion, ou même que je vienne prier avec quelqu’un. Personne. Rien. Pas un mot concernant mon travail. Seulement ma présence. Seulement nos présences ma famille et moi. Comme l’écrivait l’un de vous : Vos présences nous inspirent dans nos esprits.

Je pense que ça vaut la peine de nous arrêter un moment pour y réfléchir.
Est-ce que ça voudrait dire quelque chose d’important et qui compte pour beaucoup dans la vie?
Est-ce que ça soulignerait quelque chose de profond? Ce qui est important et qui fait la différence dans notre courte existence sur la terre. Ce qui a un impact dans la vie des autres. L’essentiel.

Ce quelque chose, cet essentiel dans la vie, c’est quoi?
Þ Qu’est-ce qui est essentiel dans ma vie et qui va le mieux me préparer à rencontrer Dieu à la fin pour lui rendre compte de la façon dont j’aurai vécu ma vie?
Þ Qu’est-ce qui est essentiel, ce qui n’est pas négociable avec quiconque, et qui fait de moi le mari que Dieu veut que je sois pour ma femme?
Þ Qu’est-ce qui est essentiel, la priorité no.1 dans ma vie, et qui fait de moi le père que Dieu veut que je sois pour mes enfants dans les diverses étapes de leur vie?
Þ Quel est l’ingrédient que je dois absolument avoir dans mes relations avec les autres et qui aura le plus grand impact pour Dieu que je peux avoir dans la vie des autres?
Þ Qu’est-ce qui doit caractériser ma vie de façon claire et forte, puissante et touchante, pour avoir un témoignage puissant pour Jésus parmi les inconvertis?
Þ Quel est cet élément essentiel qui doit être là et qui aura un impact voulu de Dieu même si le reste n’y est pas?

C’est ce genre de questions qu’un pasteur fatigué peut se poser quand il est en sabbatique pendant trois mois. Et j’ai trouvé une même réponse à toutes ces questions.
Avez-vous une idée de la réponse?
Qu’est-ce qui est essentiel dans mon pèlerinage avec Dieu dans cette vie, ce n’est pas vraiment ce que je fais dans mon travail, ni autant que je pensais ce que je dis, par exemple lorsque je prêche, mais l’essentiel c’est ce que je suis.
Ce que je suis, c’est à dire ma présence tout simplement voilà l’essentiel.
Être présent et aimer résume le tout.
C’est la réponse que j’ai trouvée à la question : qu’est-ce que l’essentiel dans la vie?
Ma présence et mon amour. Être présent et aimer. C’est l’essentiel.

Mais c’est tellement simple et naturel que notre orgueil se tortille de douleur quand on vit comme cela. Nos passions et nos désirs charnels doivent être mis à mort si on veut vivre une telle vie concentrée sur l’essentiel. Être présent et aimer.

Je vous donne un exemple.
Mon enfant vient me voir il y a quelques semaines et il me demande : Papa, veux-tu jouer au 8? Je me dis : non, vraiment pas, jouer au 8 ne m’apporte rien dans la vie, c’est de la perte de temps pure et simple. Que peut-on vraiment apprendre de la vie en jouant au 8? Pour moi donc c’est l’activité la moins importante de la vie. Mais pour mon enfant, à ce moment-là, c’est la plus grande chose que je pourrais faire pour lui. Pourquoi? Parce qu’il se sent seul et il a besoin de ma présence et de mon amour. J’ai donc accepté. Et j’ai gagné 9 fois sur 10, c’est peut-être la grâce de Dieu envers moi, mais le plus surprenant c’est que pas une fois mon enfant n’a démontré de la frustration ou même de la peine à perdre. Ce n’était pas important pour lui à ce moment là. Pour lui, la présence de son papa et amour sacrificiel démontré en jouant au 8 suffisait.

Être présent et aimer voilà l’essentiel.

Et vous savez quoi. C’est aussi l’essentiel de la relation de Dieu avec nous. Et c’est l’essentiel de notre relation avec Dieu.

Genèse 3
8Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. 9Mais l'Éternel Dieu appela l'homme, et lui dit: Où es-tu? 10Il répondit: J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. 11Et l'Éternel Dieu dit: Qui t'a appris que tu es nu? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger?
Après avoir tout créé, après avoir accompli toute son œuvre, Dieu se reposa. Mais il n’est pas parti. Il est resté. Et il était présent avec l’homme et la femme. Il prenait soin de l’homme et de la femme. Il a vu que l’homme était seul, il lui a donné une femme comme lui pour être son vis-à-vis. Il a vu que l’homme avait besoin d’un travail et il lui a donné un grand jardin à s’occuper et à garder. Il parlait avec l’homme, pleinement attentif à ses besoins. Et son cœur a été brisé, on ne peut pas saisir la grandeur de la peine de Dieu de voir son enfant se cacher de sa présence. S’enfuir, se cacher, parce qu’il a honte. Où es-tu? Je veux ta présence dit Dieu. Finalement, l’homme sort de sa cachette et ouvre son cœur à Dieu.
Examinez toute la Bible et dites-moi s’il y a quelque chose de plus essentiel dans les relations de Dieu envers l’homme comme de l’homme envers Dieu ou son prochain que d’être présent et d’aimer.
Hénoc, vous le savez peut-être, n’a pas connu la mort comme le commun des mortels. La Bible dit qu’il a été enlevé auprès de Dieu. Et la raison? Parce qu’il marchait avec Dieu. Il marchait en communion avec son Dieu. Présence aimante.
Dieu se révèle à Moïse. Il lui donne son nom qui décrit sa nature. Il dit : Je suis celui qui suis. Cela peut signifier : je suis l’Éternel présent avec son peuple pour l’aimer et le sauver.
Toute la loi vient après dans le but d’assurer la présence sainte de Dieu parmi son peuple. La présence et les soins pleins d’amour de Dieu pour son peuple.
Vraiment, être présent et aimer, voilà l’essentiel.
Mais les problèmes commencent dans nos vies lorsqu’on a d’autres attentes de la part de Dieu. Lorsqu’on lui dit finalement : ta présence et ton amour ne suffisent pas. Moi je veux un Dieu comme je veux, quand je veux, parce que c’est moi qui compte dans l’univers. Je pense que la grande partie de nos frustrations commencent là. On prête à Dieu des intentions. On pense qu’il sera glorifié s’il répond à nos désirs et s’il suit nos voies. Mais Dieu dit : Mes voies ne sont pas vos voies, et mes pensées ne sont pas vos pensées.
Être présent et aimer c’est l’essentiel de ce que j’ai besoin de Dieu dans ma vie. Et c’est l’essentiel de ce qu’il demande de moi.
Être présent et aimer c’est l’essentiel pour un maximum impact pour Dieu autour de moi à condition bien sûr que je me laisse diriger par le Saint-Esprit. C’est ce que je suis, et que Je ne peux pas changer, qui est important. C’est ce que Dieu a fait en vous et en moi. Votre personnalité. Ce que vous êtes, avec ce que Dieu vous a donné, voilà l’essentiel de toute votre vie. Mais attention, on peut facilement vivre toute une vie à côté de l’essentiel. Surtout aujourd’hui dans notre culture supramatérialiste. On est comme en guerre dans ce monde, bombardés de toutes parts par ce qui n’est pas essentiel. On est comme attiré par un aspirateur géant qui insiste constamment pour qu’on entre dans le mouvement de ce monde qui court et court et court, et s’épuise, et tombe.
Pas facile de résister. Et en plein dans la tempête on ne sait même plus quoi résister, on ne sait plus comment retrouver l’équilibre et vivre l’essentiel.

L’image qui m’est venu à l’esprit au milieu de ce repos révélateur c’est que j’étais comme un nageur dans la vie.
Avant la sabbatique je nageais dans la mer de tout ce que le travail et mes engagements me demandaient. Et par la grâce de Dieu je flottais. Des fois il y avait des tempêtes ou des vagues et j’avalais de l’eau, mais par la grâce de Dieu je revenais à la surface et je continuait à nager. Quand le premier mois de sabbatique est arrivé, je nageais dans de l’eau moins profonde. Mes pieds touchaient au fond. J’ai pu arrêter de nager et faire des choses que je n’avais jamais le temps de faire comme lire sur la culture québécoise et faire une étude biblique sur les responsables dans l’Église : pasteur, anciens, diacres. Mais j’avais encore de l’eau jusqu’au cou. Au deuxième mois de sabbatique, l’eau était descendu jusqu’à la taille, et j’ai passé beaucoup de temps avec Karen. Ça faisait 18 ans qu’on avait pas eu cette liberté et ce temps pour aller en profondeur dans notre relation de couple. Ça nous a fait du bien, mais pas autant qu’au troisième mois. Là j’avais de l’eau seulement par dessus les pieds. Je voyais le fond de l’eau. Et je pouvais voir où je mettais les pieds dans ma vie, qu’est-ce qui était vraiment solide. C’est là où ces questions sur l’essentiel dans la vie sont venues à mon esprit.

Vous voyez, quand on arrête de courir en essayant de répondre à 56 appels en même temps, au travail comme à la maison, et qu’on arrête pendant trois mois, on prend le temps pour réaliser certaines choses. On commence à voir clair et faire la différence entre l’appel de Dieu et les appels des autres en incluant moi-même sur ma vie. On voit plus clair et on peut apprécier ce qui compte aux yeux de Dieu et ce qui ne compte pas vraiment, et ainsi s’ajuster au niveau du temps et des énergies qui nous mettons à faire certaines choses.
J’ai réalisé qu’il y a beaucoup de choses que je faisais qui ne comptent pas beaucoup aux yeux de Dieu. Et qu’en les faisant, je m’épuisais et ne pouvais pas faire pleinement ce que Dieu voulait que je fasse. Je manquais ce que Dieu voulait en me donnant à droite et à gauche pour ce qui ne faisait pas une grande différence. Ce qui n’avait pas un grand impact pour Dieu.

Les disciples de Jésus sont devenus très tristes le soir avant la crucifixion. Pourquoi?
Jean 16.4Je vous ai dit ces choses, afin que, lorsque l'heure sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites. Je ne vous en ai pas parlé dès le commencement, parce que j'étais avec vous. 5Maintenant je m'en vais vers celui qui m'a envoyé, et aucun de vous ne me demande: Où vas-tu? 6Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre coeur. 7Cependant je vous dis la vérité: il vous est avantageux que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous; mais, si je m'en vais, je vous l'enverrai.
Est-ce que les disciples étaient tristes parce que l’enseignement partait? Non, mais plutôt parce que l’enseignant partait.
Est-ce que les disciples étaient tristes parce qu’ils ne verraient plus de miracles faits avec amour et puissance sur des personnes en besoin? Non, mais plutôt parce que l’Amour en personne partait, la toute puissance de l’Oint de Dieu s’en allait et ils ne le reverraient plus.
Est-ce que les disciples étaient tristes parce que leurs espoirs de voir Jésus se lever en guerrier comme le roi David et battre les Romains tombaient à l’eau? Peut-être parce qu’ils ont pris beaucoup de temps à comprendre la mission de Jésus. Mais j’ose affirmer ce matin que ce qui a produit la tristesse des disciples ce sont les paroles de Jésus : je m’en vais.

La présence de Jésus tel qu’il était, rempli d’amour, de sagesse et de puissance, voilà ce qui allait manquer aux disciples.

Il y a une semaine, Karen et moi nous nous sommes posés la même question.
Après 10 ans comme pasteur de cette Église, qu’est-ce qui nous a manqué vraiment pendant trois mois? Et c’est devenu très clair. Ce sont les frères et sœurs. Nos perspectives étaient différentes mais le résultat était le même. C’est vous, avec votre personnalité créée par Dieu qui nous a le plus manqué. Non pas ce que faites pour nous. Mais vous, votre présence. Non pas les services que vous pouvez rendre ou ce que vous donnez, bien que cela soit apprécié bien sûr. Mais c’est beaucoup plus que cela; c’est chacun de vous tel que vous êtes, recréés par Dieu, et en marche à la suite de Jésus. Vous êtes notre famille spirituelle.

J’ai beaucoup de choses à dire suite à cette sabbatique. Et je n’essaierai pas de tout dire ce matin, ce serait trop pour vous comme pour moi, et vous me demanderiez peut-être de repartir pour trois mois parce que je n’aurais rien compris.

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